Eric Poitevin   Visite en avant-première hier du musée de la Chasse et de la Nature. Un peu partie à reculons, j’avoue, c’est finalement un endroit fabuleux que j’ai découvert. Fraîchement retapé, installé dans l’hôtel Guénégaud, il a fière allure. La scénographie s’inscrit dans l’air du temps, qui veut que les cabinets de curiosités renaissent de leurs cendres avec un engouement croissant, quasi-généralisé. L’expo temporaire des photos d’Eric Poitevin réalisées dans le parc de Bel-Val (Ardennes), propriété du couple fondateur du musée, ouvre le bal. Atmosphère clinique pour ces images grand format mettant en scène des têtes de cervidés coupées ou des corps d’animaux suspendus par les pattes arrières au-dessus d’une mare de sang. Le tout sur un fond blanc aseptisé, d’une pureté tranchant férocement avec le sujet. La suite est un génial jeu de piste à travers des salles baptisées “cabinet Salle des trophéesdes oiseaux de proie”, “salle des trophées” ou “salon des chiens”. Les animaux naturalisés y côtoient les toiles de Lucas Cranach, Jan Brueghel ou François Desportes. Les collections de terrines en forme de hures de sangliers coudoient avec les happeaux reproduisant toutes sortes de cris. Surtout, l’ensemble se retrouve parsemé d’oeuvres contemporaines signées Jan Fabre, Joan Fontcuverta ou Jeff Koons. Lumineuse idée qui achève de dépoussiérer l’ensemble.

Ici pas de cartels visibles ni de grands panneaux pédagogiques. Le visiteur curieux cherchera à connaître les oeuvres qui s’offrent à lui, osant ouvrir les tiroirs des petits meubles cabinets dispersés ça et là et bourrés de surprises (on y trouve aussi des lunettes permettant de se mettre dans la peau d’un observateur). Les autres, indifférents ou habitués à recevoir la connaissance sur un plateau, passeront leur chemin (à suivre…).